Tout en haut

Mes jambes sont lourdes. La pente n’offre aucun répit depuis de longs kilomètres déjà. Je continue à tourner les jambes lentement. Mon compteur affiche une vitesse de 5 km/h malgré le fait que je sois à bloc. Un marcheur pourrait m’accompagner. Autour de moi, c’est la nuit noire. Les étoiles sont brillantes au dessus, la forêt très sombre autour de moi. J’aperçois devant moi les lumières rouges clignotantes des vélos qui me précèdent. Personne ne parle. J’entends le bruit de mon pédalier, de mon propre souffle et de temps en temps d’un animal. Je baille. Il est 3h30 du matin et je grimpe le Mont Ventoux accompagné de neuf autres cinglés. 

Tout a commencé il y a 9h de cela quand nous nous sommes retrouvés à la gare de Montpellier. 


Nous étions dix à ce moment là. Mais un contrôleur sans états d’âme a refusé l’entrée du TER au pauvre Jody avec son vélo couché. C’était le dernier train. Cruel. On a pensé à lui régulièrement par la suite. 

Le trajet jusqu’à Avignon fut intéressant. La faune locale a assuré une ambiance que nous étions ravi de quitter après l’heure de trajet. Erick, pendant ce temps, en a profité pour exhiber sa merveille de T-shirt fait maison qui me concernait si j’ai bien compris (Carbon bikes are for whimps = Les vélos en carbone, c’est pour les chochottes)!


Une fois à Avignon, nous avons voulu quitter la civilisation dés que possible. Tout le monde autour de nous semblait se préparer à faire la fête or nous n’étions pas du tout dans cet état d’esprit. Une fois la sortie de la ville négociée, nous nous retrouvons dans le noir. Ambiance un petit peu surréaliste à laquelle on prend goût très vite. La nuit est sans lune donc les étoiles sont très en évidence. Le rythme est tranquille, on discute de tout et de rien mais on a tous un petit noeud dans le ventre à imaginer le challenge qui nous attend. 


Il est d’ailleurs étrange de ne pas voir le fameux Mont alors que nous le savons devant nous. Et puis nous commençons à apercevoir une petite lumière rouge clignotante au loin, et bien haute. Hmmm, pas rassurant tout ça…

Nous finissons par arriver à Bédoin (au pied de l’ascension) après minuit et décidons d’y faire une pause prolongée. Un café est encore ouvert et nous y buvons coca, thé ou café alors qu’à côté de nous les locaux en sont à leur énième tournée et repartent dans un état lamentable en voiture. On est heureux de ne pas être à vélo à ce moment là…


Et puis à 1h30 du matin, nous nous mettons en route pour une des ascensions cyclistes les plus redoutables au monde. On croit rêver à vrai dire. Et c’est de moins en moins une impression si on en croit nos bâillements de plus en plus insistants. Les quatre premiers kilomètres sont les plus faciles. Cela dit, cela monte déjà et je m’inquiète de voir que j’en suis déjà à ma plus petite vitesse avant le fameux virage de St-Estève où les choses sérieuses commencent. Apparemment je ne suis pas le seul d’ailleurs. 

Après le virage à gauche, tout change. Les pentes s’élèvent à des pourcentages jusqu’à 12% et jamais en dessous de 8%. C’est brutal. A moins d’être particulièrement bien entrainé, on subit. Et c’est comme ça pendant 10 kms. Mon compteur ne monte plus au dessus des 6 km/h. J’attends impatiemment de voir les lumières des gars de devant s’immobiliser, signe de pause bien méritée. Des pauses, nous en faisons beaucoup, et le sommeil se fait de plus en plus sentir au fil des heures. 


La force mentale de ce groupe est hallucinante. La difficulté, la fatigue, le sommeil et le froid pourraient facilement en pousser à l’énervement. Mais tout le monde reste de bonne humeur et le soutien réciproque est évident. On ne se connaissait pas tous au départ mais on devient tout à coup très proche. 

« Une heure d’ascension dans les montagnes fait d’un gredin et d’un saint deux créatures à peu près semblables. La fatigue est le plus court chemin vers l’égalité, vers la fraternité. Et durant le sommeil s’ajoute la liberté. » Nietzsche

Alors qu’il nous reste 7 kms avant le sommet, Charlotte n’en peut plus et renonce. Personne ne cherche à la faire changer d’avis. La montagne rend humble et force le respect des limites de chacun. Son chevalier Loys restera avec elle et ils nous attendront au coin d’un feu dans un refuge un petit peu plus bas. 


Désormais à sept, nous continuons la torture jusqu’au Chalet Reynard, qui marque la sortie de la forêt et un répit puisque les pentes descendent à « seulement » 6 ou 7% pendant quelques kilomètres. Nous avons de la chance, le temps reste calme sur cette partie pourtant connue pour le vent violent. Ce n’est pas par hasard que rien n’y pousse. Néanmoins, nous sommes totalement exposés et la brise casse les pattes quand nous lui faisons face. Les visages commencent à être très tirés. Alors que nous approchons du sommet, nous apercevons les premières lueurs du jours. Vite, vite, arrivons au sommet pour voir le lever du soleil. Ha ha, « vite vite », elle est bonne celle là!



Le 1500 derniers mètres sont terribles car la pente remonte jusqu’à 11%. Heureusement, à 600m de l’arrivée, on a l’excuse parfaite pour faire une pause au col des tempêtes où nous découvrons soudain la vue sur l’autre versant. Et là, toute la douleur, le sommeil, la souffrance paraissent justifiés. La matinée est magique. La brume enlace les collines sous un ciel rouge, orange, jaune, parfois à la limite du vert. Un moment inoubliable!


Les derniers hectomètres permettent à Jean-Philippe et Erick de se tirer la bourre en sprintant pour le sommet malgré la pente sévère. Respect!

Une fois en haut, nous ne sommes plus tout seuls. Quelques voitures ont fait le déplacement pour voir le spectacle, mais cela reste très calme. Nous observons l’émouvant spectacle des premiers rayons du soleil faisant leur apparition devant ce décor de tableau impressionniste. 


Et puis il est temps de remonter en selle (aïe, les fesses!) pour la descente. Moment grisant où on dévale en même pas 1/2h ce qui nous a mis plus de 5h à monter. On en oublie presque de récupérer Charlotte et Loys car la pente dévale tellement vite. Ca vaudra un courte remontée à certains d’entre nous qui n’en avaient pas besoin! On s’amuse aussi à croiser les cyclistes hyper-pros qui se croyaient les premiers de la journée à monter. Désolé, Sub24 was here!!


Puis vint cette terrasse magique en bord de route qui servait café et croissants. Dans notre état, j’aime autant vous dire que café et croissants = luxure, fantasme et extase! On en demande, re-demande, re-re-demande, re-re-re… je vous laisse faire le compte des paniers sur notre table!

Le défilé quasi-incessant des cyclistes en début d’ascension, voitures et autres motos rend notre mémoire de la montée dans la nuit tous seuls encore plus spéciale. 

Une fois rassasiés, nous repartons faire les 45 kms qui nous séparent encore d’Avignon et de la fin de notre aventure. Curieusement, certains retrouvent des forces et se mettent à rouler fort et à faire la course aux cyclistes qui nous doublent à fond la caisse. D’autres souffrent en silence et puisent dans leurs dernières réserves pour arriver à bon port. Toujours aucune plainte de la part de qui que ce soit malgré des regards qui en disent long. Si un jour je devais choisir huit compagnons pour partir en bataille, je sais d’ores et déjà sur qui je pourrais m’appuyer. Vous êtes géniaux!

Enfin arrivés à Avignon à 13h, il nous reste tout juste le temps de siroter une bière pour fêter notre arrivée, avant de s’affaler dans le train (on est tous rentrés cette fois ci!) et de rentrer au bercail pour un sommeil bien mérité.

Vous l’aurez compris, nous avons vécu un moment hors du commun qui restera gravé dans notre mémoire à tous. Notre seul regret, mais il est de taille, est de ne pas avoir pu le partager avec Jody. 

Rendez-vous le 18 Octobre prochain pour un Sub24 autrement plus soft et traditionnel, direction le pont du Diable. 

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8 commentaires pour Tout en haut

  1. Kaki dit :

    Quelle aventure émouvante! Mes félicitations à vous tous. Vous avez fait quelque chose d'unique.

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  2. Charles dit :

    Merci Kaki!

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  3. Cloé dit :

    Merci encore Charles pour nous permettre de vivre ces expériences si magiques, si incroyables ! Je parle du Sub24 à tant de personnes – je suis tellement accro à cette ambiance, à l'énergie qui se dégage de chacunes des expéditions : you're amazing #amazing :p Merci !

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  4. Jody dit :

    Je regrette aussi de n'avoir pu partager cette expérience mais finalement la montée je l'ai fait grâce à vous et ce récit.
    Et au vu du récit (légendaire), la montée de nos chevaliers sur leur fier destrier sera chanté pendant de nombreux Sub24.
    Félicitation à vous tous.

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  5. Chacha dit :

    Merci mille fois Charles pour ces idées géniales qui viennent contenter nos esprits d'explorateurs infatigables! Je me le ferai ce mont Ventoux, un jour prochain, believe me! Comme si 1300m me suffisaient, non mais! 😉 Qui reviendra avec moi? 😉 Allez, soyez sympa, dites ouiiiiii! 🙂

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  6. Chacha dit :

    Plus sérieusement, Jody, je suis partante pour le refaire le samedi 4 octobre mais plutôt de jour. Est-ce que ça te dirait? On part le matin de Montpel (8h13) en train jusqu'à Avignon et on revient le soir à Montpel (train à 18h40). Ce ne sera pas un vrai Sub24 mais au moins, on le fera ce mont Ventoux! Qu'en penses-tu Jody? Qui d'autre est partant? 😉

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  7. Anonyme dit :

    Dingue Dingue Dingue…. bon, vous aussi un peu! Je trouve ca incroyable ce que vous avez fait, je suis tres admirative! L'ambiance avait l'air genial, comme d'hab! Ahhhhh….. ces Sub24eures/euses, c'est vraiment les meilleurs! J'ai hâte de revenir pédaler avec vous bientôt!
    Lucy

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  8. Le texte, les photos, l'esprit de la sortie, magique!

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