Paris-Montpellier à vélo

Inspiration

À chaque voyage son identité. Ici, mon idée était claire : rallier les 730 km entre Paris et Montpellier le plus vite possible, en solo et en autonomie, avec un objectif que je savais ambitieux de 4 jours, soit 182 km/jour. Je suis depuis peu passionné par les courses de vélo de longues distances en autonomie, comme la Transcontinental Race à travers l’Europe, que je suis assidûment. J’ai donc voulu me faire un petit test personnel à mon échelle pour voir comment je pouvais gérer un long trajet sur plusieurs jours. J’en ai d’ailleurs profité pour aller faire un pèlerinage chez Swanee, la fée du vélo bien connue des lecteurs du magazine 200, également une grande inspiration pour ma pratique actuelle du vélo.

Entrainement

Après mon Brevet de Randonneur de 200 km en avril dernier, j’ai continué à régulièrement faire des sorties longues (entre 100 et 200 km), particulièrement en août où je me suis fixé l’objectif de faire 1000 km sur le mois. J’ai ensuite moins roulé, mais à la mi-septembre, j’ai fait un petit test avec une boucle de 340 km dans les Cévennes sur deux jours. Ca m’a permis de faire le point sur mon équipement et de par exemple finalement opter pour un porte-bagage sur tige de selle plutôt que des sacoches de bikepacking.

Approche

Je n’ai jamais été un cycliste particulièrement rapide. Encore moins avec une dizaine de kilos sur mon porte-bagage. Pour faire assez de kilomètres, il fallait donc que je reste sur mon vélo autant que possible. Ça veut dire passer à côté de beaux endroits sans s’arrêter. Ça veut aussi dire qu’il faut essayer de maximiser ses arrêts. Mieux vaut s’arrêter une fois pour le café, les toilettes, remplir les gourdes, charger l’électronique et acheter à manger que cinq fois. C’est pas facile mais j’ai trouvé cet exercice finalement assez ludique  avec des situations du genre : « bon, ici il y a un café, donc je peux aussi y charger mon électronique, utiliser leurs toilettes, et faire remplir mes gourdes. Ah oui mais par contre il n’y a pas de supérette et j’ai besoin de barres céréales. Est-ce-que je m’arrête ici, ou est-ce-que j’espère que dans le prochain village il y aura café ET supérette? ».

Départ

La veille de mon départ, j’ai dormi chez mon bon ami Jacques dans le 12ème arrondissement. On s’est enfilé quelques bières avec Nico, un autre ami de nos années lycée de l’île de la Réunion. Un vrai bon moment. Le jour du départ, j’avais hésité à aller à un endroit symbolique de Paris, type kilomètre 0 à Notre Dame, Tour Eiffel, ou Arc de Triomphe. Mais l’idée d’aller rouler une heure dans Paris alors que je partais déjà assez tard (9h30) m’a refroidi et j’ai finalement quitté la capitale rapidement. J’emprunte un chemin de bord de Seine jusqu’à Villeneuve-St-Georges. Agréable mais très mal entretenu. Résultat? Première crevaison 12 km après mon départ! Ce ne sera pas la dernière…

Bonheurs

La France se prête merveilleusement à être traversée à vélo en seulement quelques jours. Pour tous les arrêts que je n’ai pas eu le temps de faire, j’ai en revanche vraiment apprécié de voir le pays changer d’une demi-journée à une autre, parfois même plus souvent. Rien que le premier jour par exemple, j’ai vu défiler devant mes yeux: Paris → banlieue parisienne → forêts (Sénart/Fontainebleau) → plaines de la Beauce → régions plus boisée et vallonnée en approche de la Loire. Et moins de 48 h plus tard, j’étais en plein Massif Central. Le soir quand on ferme les yeux, on revoit plein de paysages comme un diaporama.  Un régal! Et en même temps, à vélo on perçoit tout plein de petits détails: un chat caché sous une voiture, ce qu’il y a dans les vitrines des magasins, une bribe de conversation entre 2 mamies sur la place du village, l’odeur de l’herbe que le monsieur est en train de fraîchement tondre ou d’un sous-bois un peu humide… J’ai du mal à imaginer meilleure méthode pour apprécier la formidable diversité de la France. Qu’elle est belle!

Malheurs

Ma grand-mère maternelle (une vraie aventurière, elle) raconte dans son récit de sa traversée du Canada à cheval en 1939 sa première nuit à dormir seule à la belle étoile au milieu des Rocheuses. Il fait froid, et la pluie fait son apparition. Elle dormait habituellement chez l’habitant donc n’avait pas de tente et nous sommes en 1939, donc autant vous dire que pas de Gore-Tex ou autre matériau étanche. Sa conclusion le matin venu? « Aaaaaah, enfin mon aventure commence, je trouvais que tout était un peu trop facile jusque là »! C’est un bel état d’esprit dont j’ai essayé de m’inspirer sur ce périple ô combien plus modeste. Car oui, tout ne m’a quand même pas souri. 4 crevaisons, du vent de face quasi-continu de Paris jusqu’à Alès, avec deux journées particulièrement rudes, où le vent à 80 km/h me forçait même parfois à devoir pédaler fort en descente pour continuer à avancer, sans parler de la pluie qui m’accompagna du Puy-en-Velay à Montpellier. J’ai fait de mon mieux pour toujours rester positif, et ne jamais céder à l’énervement contre des choses qu’on ne contrôle pas. Le seul moment où mes nerfs ont un peu lâché fut la 4ème crevaison alors que je roulais sous la pluie et avant une descente raide. Frustré et mouillé, je change la chambre à air, et n’arrivant pas à remettre l’ancienne dans mon sac à outil, je l’ai jeté à la poubelle d’énervement! Ma grand-mère n’aurait probablement pas été fière…

Technologie

On dira ce qu’on veut, mais c’est quand même bien la technologie moderne. Premièrement, grace à des outils gratuits tels que Komoot et Ride with GPS, l’élaboration de mon itinéraire fut un jeu d’enfant et à 95 %, je fus ravi du résultat avec en grande majorité des petites routes de campagne avec peu de circulation. J’adore les cartes papiers, et je regrette en partie de ne plus en avoir l’utilité, mais d’un autre côté, quelle joie de ne pas avoir à s’arrêter à chaque intersection pour vérifier sa route! Et ensuite, il y a l’aspect de partage. Grace à mon GPS Wahoo, que je vous conseille d’ailleurs vivement si vous êtes à la recherche d’un GPS vélo,  non seulement je ne me suis jamais perdu, mais ma famille et mes amis ont pu suivre ma trace en direct tout au long du voyage, allant même jusqu’à zoomer pour voir que je m’étais arrêté… au McDonald’s! J’ai adoré cette interaction avec ma famille et mes amis qui m’ont encouragé et diverti avec leurs messages tous les jours. Ne vous y trompez pas, je ne voyageais pas seul!

Le jour le plus long

Au matin du 4ème jour, je me trouve près du Puy-en-Velay. Il me reste 220 km à parcourir jusqu’à Montpellier. Je sais que je les ai dans les jambes, je peux tenter une grosse dernière journée et remplir mon objectif des 4 jours. Je pars tôt (7h20) mais une nouvelle crevaison dans la matinée me fait perdre du temps. Ensuite, la montée vers Pradelles, pas difficile en soit, fut un calvaire à cause du vent soufflant en tempête. Une fois en haut, je continue ma progression extrêmement lente sur des parties très exposées et sous une pluie continue. Je n’arrête pas de faire des petits calculs dans ma tête (« Il est 14h, je fais du 15 km/h pauses comprises, donc si je continue je peux arriver à Montpellier vers 22h… »). J’y crois. Enfin abrité du vent, je commence la longue descente pour quitter le Massif Central. Avant de repartir après la fameuse 4ème crevaison, je vérifie mon téléphone. Plusieurs personnes me déconseillent de venir à Montpellier ce soir. Alerte orange aux pluies et aux inondations. Je commence à me dire que c’est peut-être pas mon jour. Je contacte des hôtes WarmShowers pour savoir s’ils peuvent éventuellement m’accueillir. Ils le peuvent. En arrivant à Alès alors que la nuit tombe, j’hésite encore. Mais là, le déluge! Je suis bien éclairé, mais avec ces trombes d’eau je ne me sens plus en sécurité. Je m’arrête donc à Lézan où je suis accueilli avec une authenticité et générosité remarquable. Il me restait à peine 50 km, mais tant pis. En si bonne compagnie, je réalise vite que cet objectif des 4 jours était nécessaire pour me motiver depuis mon départ, mais que le fait de ne pas y arriver ne me déçoit finalement pas vraiment, l’essentiel étant ailleurs. Cette nuit là, la tisane nuit tranquille était superflue…

Le dernier jour

Une journée pour profiter. Je retrouve Jean-Pierre, un régulier du Sub24 chez lui à Quissac pour le café. Puis Ryan m’y rejoint à vélo au départ de Montpellier pour un déjeuner Portugais et une bière de la réussite. Nous avalons les 30 derniers kilomètres sous la pluie mais avec du vent… dans le dos! J’avais oublié le feeling. Pas plus d’émotion que ça à l’arrivée, je pense que j’avais tout dépensé la veille!

Leçons

  • Vérifie tes pneus avant de partir
  • Prends une meilleure pompe
  • Même une mauvaise journée, tu es capable de faire 150 km
  • C’était génial, recommence!

 

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Publié dans Voyages à vélo