Un Sub24 somptueux pour grands princes et princesses !

Récit conté par Daniel. Merci pour ta plume unique l’ami!


 

Quel aède cylo-campeur chantera l’épopée du Sub24 en automne ?  « La lamentation confuse et monotone que rend la harpe d’or des grands chênes jaunis. La clairière déserte où, tristes et discrètes, les feuilles mortes font leur bruit doux et plaintif. L’on se croirait devant un vitrail grandiose, où quelque artiste ancien aurait représenté dans une apothéose » la quintessence de la tranquille et spirituelle nature automnale gardoise.

Certains ont probablement renoncé à venir, préférant la chaleur de la couette à cette aventure de proximité. Ah ! Quel égarement mes amis ! A Helsinki ou à Montpellier, venir au Sub24 vaut toujours mieux que de paresser !
Neuf nous étions au départ : Charles, le prince des bordures sur son fidèle célérifère jaune, Christophe, tel un seigneur sur son engin subsonique (the Hedgehog ?), Clémence, (mais pédale t’elle sur le fameux Clément luxe 96 d’Alfred ?), Daniel, le vieux dérangé de la sacoche, Lucy (au fait où a t’elle donc rencontré son frère?), Magali, toujours en quête d’une inspiration picturale, Mylène, incognito sans ses fans mais peut-être innamoramento, Patrick ! (elle est pas belle la vie ?!), Thibault, venu probablement aussi pour vérifier l’état de ses pneus. 
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Dix nous fûmes à l’arrivée : avide de performances, Erick, descendu de son château en ce lieu planté d’ormes, s’offrait depuis près de deux heures une méditation aussi solitaire que réfrigérante. A toute berzingue, il n’avait même pas pas réussi à capturer son ombre !
Empruntant quelques chemins de garrigue, les engins furent certes à dure épreuve : 4 crevaisons et demi, une chaîne à réparer… En mode survivaliste ? Bonne idée ! Faute de champignons, admirons ce panorama d’exception, profitons de cette belle lumière tant qu’il fait jour, tout en cherchant dans ces pneus d’hirondelle des p’tits trous, des p’tits trous toujours des pt’its trous ! Et surtout, pourquoi rouler de jour quand on peut rouler de nuit ? Il est vrai que la vue féerique des falaises de Saint-Bauzille de Montmel dans le soleil couchant est stimulante. « Cul sur la selle, pensées au ciel ».**
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« Qui veut aller loin ménage sa monture ? ». On s’en fout désormais, on est presque arrivés. Nos vélos filent dans la nuit ; sur les ultimes kilomètres vers Quissac, le vent a soudain forci. Malins ! Lucy et Thibault, de se réfugier derrière Charles pour profiter de l’aspiration, une bonne technique et une franche rigolade !  La route était bien noire, les voitures aussi (les conducteurs ? Cycliste ! Aie toujours à l’esprit la fièvre du samedi soir…). Tel un ange gardien, Christophe tout derrière, veille à ce que ses puissantes lumières et ses nombreux accessoires rétro-réfléchissants protègent ceux qui sont devant.  Cette suite de tâches lumineuses évoque une danse de lucioles en goguette.
 
Les tentes ont été rondement disposées selon une harmonie spontanée dans cette clairière de chênes. Malgré une température de saison, point de feu, vue la sécheresse et la majesté du lieu, mais une chaude ambiance amicale autour d’un apéritif dînatoire qui a vu se succéder plusieurs mets de choix. 
 
Extraits :
– un savoureux aligot « Bistrot12 » que Lucy a porté sans crainte du surpoids. Pressé par les convives, Erick, plongé dans ses réflexions autour des dernières tendances de la layette (du 3 mois ou direct du 6 mois ?), a fini par tourner. « Mais je tourne, je tourne ! ».  S’il ne fallait qu’un sponsor, ce pourrait être ce concept aveyronnais, mais il faudra toujours Erick pour tourner.
– la sublimation du Carambar dans un cake « d’une souveraine beauté, bonté, saveur et excellence propre pour présenter devant un Roy ».***Sans oublier la Chantilly ! Oui ! C’est dans l’effort de bien faire qu’on reconnaît la qualité d’un être. Bien doser, bien pétrir, bien mouler, bien cuire, bien partager, bien distribuer, bien couvrir de Chantilly, c’est un peu comme tenter de bien poser les faits, mettre en lumière leurs différences, distinguer aussi les idées, rechercher sinon la vérité, du moins quelque chose qui y ressemblerait.
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-un « Ventoux 2016 », pour accoutrer ces victuailles « de tant belle et somptueuse manière qu’il est possible au monde… de quoi préserver le personnage et l’empêcher de devenir hétique ou hydropicque et le tient joyeux, allègre…de quoi chasser toute mélancolie ».***
C’était donc bien cette potion que Charles convoyait religieusement dans un étui placé sous son clou comme pour préparer une cérémonie druidique ! Il semble avoir été confectionné par les doigts d’une fée. Ne seraient-ce pas ceux de Line ?
 
Au Sub 24, l’émulation sensorielle exige toujours plus.   
 
Puis Erick, toujours aussi rigolo, a tenté le karaoké, son péché mignon, surtout durant les nuits d’hiver, avec un public de chouettes dans le château en ruine de son village. Malheureusement, précisément à cet instant, les bouches étaient trop pleines. Puis il a pensé et oublié.
 
Incroyable mais vrai : dans la nuit personne n’a eu froid. Au matin, nous avons pu (les sangliers sont au lit), explorer cet endroit aussi secret que spirituel : une bergerie devenue temple, des vitraux de Jean Michel Folon. Une bonne inspiration au lever du soleil et hop ça plane..
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Un regard nouveau a évoqué la patience, le partage, le respect, la difficulté, la solidarité, la beauté  du Sub24 !! et carrément invoqué Bouddha  » Le plaisir se ramasse, la joie se cueille et le bonheur se cultive ». Ouaouh ! Quelle difficulté au fait ? Un ou deux raidillons sans plus. 
 
Éloge de la lenteur ? Que nenni, le retour s’est effectué à un rythme relativement soutenu pour un dimanche matin !   Gare au Super24, n’est-ce pas ? Mais quand même avec des pauses pour le régal des yeux.  Les couleurs, les lumières, l’air frais de l’automne. La chaleur de nos échanges. Nous ramenons tout cela dans nos vies du quotidien. Et lorsque nous croisons les chasseurs exhibant leur sanglier à l’avant du 4×4, nous nous émouvons à la pensée que ce frère sauvage en est privé à tout jamais.
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Point de performance, ne soyons pas de ceux qui se servent « de cette machine à engrenages pour capturer dans un drainage rapide les formes et les couleurs, dans le moins de temps possible, le long des routes et des pistes ». ****
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Ces menus efforts ne restent pas sans questionnement : « Je est un autre  ? Est-ce bien moi qui pédale ? ». « La beauté est elle dans l’art ? ».  Clémence, Lucy, Magali, Mylène… La réponse saute pourtant aux yeux. De la Vénus de Willendorf jusqu’à la photo de nu féminin en passant par toute l’histoire du portrait, les femmes  n’ont cessé d’être le sujet de l’art. 
Certes, nous aurions plus en ce mois de novembre commémorer la disparition, voici 110 ans en novembre 1907, d’Alfred Jarry. Car pour lui, finalement comme pour nous, le vélo, art de la trajectoire, apprend d’abord à composer avec le temps et avec l’espace ; il offre des perspectives artistiques indéniables, et d’abord l’émotion esthétique de la vitesse dans le soleil et la lumière, et aussi un bon moyen de se passer de pétrole.
 
Contentons nous de lui dédier ce petit acrostiche :
 
Ah mes amis ! Quelle soirée digne des plus grands
L’aligot, le vin, les desserts tout était grand !
Feuilles bruissantes sous nos pas, nuit claire, étoiles
Raconter, rêver, puis dormir sous la toile, 
Es-tu certain qu’on est, tout près de Montpellier,
Dignes de cette aventure de proximité ?
 
Je peux ainsi pédaler sans me fatiguer,
Avec mes seuls mollets en toute liberté ?
Rouler, regarder, raconter et voyager,
Ravir mes sens, en autonomie bivouaquer ?
Y-a t’il pluie ou neige qui pourront m’arrêter ? 
 
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Bref, une agréable fin de semaine à caractère post-néolithique que l’on pourrait  résumer ainsi en novlangue émoticonique :
 😀😃😋😇😴😍
 
* extrait de  « Le Clocher », François Fabié, Durenque 1887
** Sylvain Tesson « Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages » Pocket., 2013
*** Nostradamus « Des confitures » Editions Olivier Organ, Paris 1981
****Alfred Jarry « Les jours et les nuits », Mercure de France, Paris  1897).
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Publié dans Rapport de sortie